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La crise sociale exige son vaccin. Et vite !

10/03/2021
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Dans les situations d’urgence, l’Europe est capable du meilleur... comme du pire. Face à la crise sanitaire, elle a montré combien elle pouvait agir efficacement, en mettant en place avec diligence à la fois un plan de relance commun et l’achat en commun de vaccins. Face à la crise sociale, par contre, l’Europe fait preuve d’une indifférence coupable depuis des décennies alors qu’elle a tous les vaccins nécessaires à sa disposition!

C’est le message que j’ai porté hier, alors que la Commission présentait son plan d’action pour la mise en œuvre du « socle européen de droits sociaux » : un ensemble de 20 principes visant notamment à garantir les droits des travailleurs et l’accès à une protection sociale de qualité.

Le problème c’est que ce texte (proclamé par les institutions en 2017 déjà) n’est pas juridiquement contraignant et n’octroie donc pas de droits directs aux citoyens européens. Tout dépend donc de l’approche de la Commission en la matière : il nous faut des objectifs suffisamment ambitieux, des moyens adéquats et des propositions de lois contraignantes pour garantir leur bonne mise en œuvre par les Etats membres. Il nous faut un sens de l’urgence !

Un plan d’action qui n’a pas le sens de l’urgence

Or, à ce stade, malgré certaines avancées positives, le plan d’action de la Commission manque d’ambition face à la gravité des enjeux.

L’exemple de la lutte contre la pauvreté l’illustre bien. En 2019, 1 européen sur 5 était encore menacé de pauvreté ou d’exclusion sociale, ce qui représente 92 millions de personnes, dont près de 20 millions d’enfants ! Ces chiffres vont littéralement exploser avec les conséquences économiques de la pandémie. Regardez déjà les files d’attente devant les banques alimentaires qui s’allongent à Bruxelles, Milan ou Paris: peut-on accepter que des centaines de milliers de gens aient faim au cœur même de la riche Europe ?

Il nous faut une stratégie européenne anti-pauvreté sans commune mesure avec les déclarations d’intentions que l’on nous a servi jusqu’à présent : réduire à tout le moins de 50% le taux de pauvreté d’ici à 2030. Mais la Commission, elle, fixe dans son plan d’action un objectif de réduction des personnes menacées par la pauvreté de 15 millions : ce n’est pas seulement insuffisant c’est un retour en arrière par rapport aux objectifs précédents... qui n’ont d’ailleurs jamais été atteints !

Du côté des moyens, il est urgent que les Etats membres de l’UE renforcent leurs dispositifs de revenu minimum - le revenu d’intégration sociale (RIS) en Belgique - pour les rendre plus inclusifs et les établir à un niveau suffisant pour assurer une vie décente (au minimum au niveau du seuil de pauvreté). Mais là encore, plutôt que de proposer d’urgence une législation contraignante comme réclamée par les toutes les associations de lutte contre la pauvreté, la Commission suggère une recommandation du Conseil des ministres en 2022, c’est-à-dire que ce dernier incitera simplement les 27 pays à améliorer leurs dispositifs. Et ce, alors que la première recommandation en la matière date d’il y a trente ans !

Mettre la justice sociale au cœur du projet européen

Mais ce manque d’ambition n’est pas une fatalité.

Ces derniers mois, l’Europe su faire passer la vie des Européens avant les profits des actionnaires. La crise offre à l’Union européenne l’opportunité de se réinventer en plaçant la justice sociale au cœur de son projet.

Il est temps de redonner une place centrale aux syndicats, au dialogue social, pour faire progresser les droits des travailleurs et renforcer la démocratie sur le lieu de travail. Il est temps de garantir, noir sur blanc, le droit à une vie décente pour toutes et tous.

La crise sociale exige son vaccin. Pas demain, aujourd’hui.

Philippe

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