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Mercosur : Les socialistes européens se mobilisent à fond...

04/12/2020
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... mais pas dans le sens que vous croyez!

Les traités de libre-échange conclus depuis des décennies par l'Union européenne (UE) sont marqués du sceau de la mondialisation néolibérale où les intérêts mercantilistes se conjuguent à la volonté de mettre sous pression les normes sociales, environnementales, fiscales, sanitaires ou même démocratiques des États. Le projet d’accord UE-Mercosur (Argentine, Brésil, Paraguay, Uruguay), initié voici vingt ans, ne déroge pas à cette règle. Comme ses prédécesseurs, il pose des problèmes majeurs en termes de droits des travailleurs, de pertes d’emplois, de risque de déforestation, ou encore d’impact sur le climat et la biodiversité. À l'heure du Green Deal européen, il est totalement incongru que sa signature et sa ratification soit encore poursuivies.

On ne sera pas surpris que les conservateurs du PPE et les libéraux de ALDE/Renew Europe se mobilisent dans ce sens. Mais une fois encore, les voilà rejoints par de forts bataillons socialistes, qui n'hésitent pas à monter au créneau pour qu’il soit adopté le plus vite possible !

C’est en effet ce dont il est question dans une lettre (voir ci-dessous) adressée le 11 novembre dernier par les ministres tchèque, danois, estonien, letton, finlandais, suédois, portugais, italien et espagnol en charge du commerce ou des affaires étrangères au Commissaire européen du commerce Valdis Dombrovskis. Or, une large majorité d’entre eux, sont eux-mêmes socialistes ou expriment la position de gouvernements socialistes ou sociaux-démocrates (qu'ils soient seuls ou en coalition). Cette nouvelle offensive vient s’ajouter aux premières charges lancées durant l’été 2019 par le premier ministre socialiste espagnol Pedro Sánchez, tandis que son compère socialiste portugais Antonio Costa plaidait hier encore en ce sens devant les présidents de groupes du Parlement Européen. (Le Portugal assumera en janvier et pour six mois la présidence tournante du Conseil des Ministres de l'UE, ce qui lui donne certains leviers)*.

Dans ce contexte, nos socialistes belges doivent ressentir un profond sentiment d'isolement au sein de leur propre famille. À contre-courant, ils s'alignent en effet sur les positions des écologistes, comme en attestent la déclaration du gouvernement wallon ainsi que leurs votes en faveur de résolutions adoptées au Parlement bruxellois et au Parlement européen, qui s’opposent clairement à l’adoption de l’accord UE-Mercosur en l’état.

Alors que la pandémie semblait ouvrir des brèches favorables à la relocalisation de nos économies et à une relance respectueuse de nos normes sociales et environnementales, force est de constater que les vieux réflexes sont loin d’avoir disparus : certains continuent de favoriser les grandes entreprises et 0,1 point de croissance du PIB européen au détriment d’une société plus juste et plus résiliente.

Quant à l'argument des partisans de l'accord selon lesquels, après 20 ans de négociations, il est temps de le conclure nous répondons ceci : c'est précisément parce que le projet de traité UE-Mercosur est vieux de 20 ans qu'il faut l'abandonner. Son ADN reflète les obsessions du 20ème siècle, alors qu'au 21ème, la protection d'une planète habitable par les êtres humains est devenue la priorité.

En ce qui nous concerne, nous ne lâcherons rien. Je vous invite d'ailleurs à suivre le travail de ma collègue Saskia Bricmont sur ce dossier, et à lire notamment son analyse de l’accord pour en comprendre tous les enjeux: https://saskiabricmont.eu/laccord-ue-mercosur-une-realite-…/

Likez, partagez, débattons !

Philippe

*Selon le principe de "présidence tournante", la présidence du Conseil de l'UE (conseil des ministres) est assurée à tour de rôle par chaque État membre de l'Union européenne pour une période de 6 mois. Pendant cette période, la présidence préside des réunions à tous les niveaux au sein du Conseil et assure la continuité des travaux de l'UE au niveau de cette institution. Les États membres travaillent en étroite collaboration par groupe de trois, appelés "trios". Après l'Allemagne, qui préside depuis juillet et jusqu'à décembre, le Portugal prendra le relais de janvier à juin, suivi ensuite de la Slovénie au 2e semestre 2021.

 

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